L’histoire de Raoul Minot s’inscrit dans une forme de résistance silencieuse, fondée sur l’observation, la patience et la prise de risque quotidienne. Entre 1940 et 1942, cet employé parisien documente la présence allemande dans la capitale alors que toute photographie extérieure est strictement interdite. Ses images ne cherchent pas l’héroïsme. Elles fixent la réalité brute de l’Occupation, vue depuis le trottoir.
Photographier sous l’interdiction allemande
Dès l’été 1940, la prise de vue en extérieur devient un acte répréhensible. Les rues, les bâtiments officiels, les soldats et les symboles nazis ne doivent pas être photographiés. Raoul Minot choisit pourtant de continuer. Il circule dans Paris avec un appareil Kodak Brownie 6/9, discret, facile à dissimuler sous un manteau. Ce choix technique conditionne son approche : cadrages simples, scènes directes, absence de mise en scène.
Il photographie des soldats en patrouille, des drapeaux allemands, des affiches de propagande, mais aussi des rues vides, tendues, figées. À travers ces clichés, le Paris occupé apparaît sans filtre, loin des images produites par l’occupant ou par des photographes autorisés.
Une œuvre photographique doublée d’un regard critique
Les images de Raoul Minot ne se limitent pas à l’instant capturé. Au verso, il ajoute systématiquement des commentaires manuscrits, souvent ironiques, parfois mordants. Ces annotations donnent une lecture politique explicite. Elles transforment chaque photographie en prise de position.
Ce double dispositif image + texte distingue son travail. Là où d’autres clichés montrent l’Occupation, ceux de Minot la commentent. La ville y apparaît grise, contrainte, surveillée. Les soldats allemands ne sont pas glorifiés. Ils sont montrés comme une présence pesante, presque absurde par moments.
Seconde guerre mondiale : Raoul Minot, le photographe du Paris occupé • FRANCE 24
Une activité clandestine méthodique
Raoul Minot travaille au Printemps Haussmann, ce qui lui donne accès à un laboratoire photo interne. Il développe ses tirages sur place, à l’abri des regards. Une partie de ces photos circule. Certaines sont vendues à un contact occasionnel de la Résistance. Cette diffusion reste limitée mais suffisante pour attirer l’attention.
Son activité s’inscrit dans la durée. Il ne s’agit pas de quelques clichés isolés, mais de centaines d’images produites sur plusieurs années. Cette régularité augmente mécaniquement le risque.
De la dénonciation à la déportation
En novembre 1942, une lettre anonyme signale ses activités. Une enquête est menée. Raoul Minot est arrêté début 1943, emprisonné, puis transféré dans plusieurs lieux de détention avant d’être déporté. Il passe notamment par Buchenwald, où il subit les conditions extrêmes du travail forcé.
Libéré par les troupes américaines en avril 1945, il meurt quelques jours plus tard, épuisé par les marches et les mauvais traitements. Son corps ne revient pas à Paris. Son nom disparaît progressivement des récits officiels.
Une redécouverte tardive et décisive
Pendant des décennies, son œuvre reste invisible. Une partie des photos est conservée sans identification précise. Tout change lorsqu’un album de 377 clichés refait surface lors d’une brocante. Les images, accompagnées de leurs commentaires manuscrits, déclenchent une enquête approfondie. L’identité du photographe est enfin établie après plusieurs années de recherches croisées.
Cette redécouverte replace Raoul Minot dans l’histoire de la Résistance civile. Son travail complète les archives existantes en offrant un point de vue rare : celui d’un Parisien ordinaire, observateur engagé, sans arme autre que son appareil photo.
Raoul Minot, photographe clandestin de l’Occupation à Paris
Un témoignage unique sur Paris sous l’Occupation
Les photographies de Raoul Minot montrent une capitale sous tension permanente. Elles documentent la présence allemande, mais aussi l’atmosphère de peur, de résignation et de compromis du quotidien. Contrairement aux images officielles, elles ne cherchent pas à convaincre. Elles constatent.
Aujourd’hui conservée par des institutions mémorielles, son œuvre constitue un témoignage visuel direct sur les premières années de l’Occupation. Elle rappelle que la résistance ne prend pas toujours la forme d’actions spectaculaires. Parfois, elle tient dans un regard, un déclenchement discret, et une phrase griffonnée au dos d’une photo.
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